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Dans la continuité du découplage de l’économie mondiale, chaque zone économique ne peut, à présent, compter que sur ses propres forces pour renouer avec la croissance. Il est difficile de s’appuyer sur le multiplicateur du commerce extérieur dans un contexte de ralentissement du commerce mondial. L’OMC vient ainsi de revoir sa prévision de croissance à +3,7% pour 2012, après les 5% affichés en 2011 et les 13,8% en 2010. Pourtant, malgré une croissance plus autocentrée, l’évolution de chacun des blocs économiques a une incidence sur les deux autres. Ainsi, les différentes interrogations sur les difficultés de chacun entretiennent-elles les doutes sur l’ensemble de l’économie mondiale.
- Les pays émergents ralentissent.
Le PIB chinois du 1er trimestre, en croissance de 8,1% (contre 8,3% attendus), montre un ralentissement clair eu égard aux 8,9% affichés au dernier trimestre 2011. Malgré des ventes au détail qui continuent de progresser à un rythme de 15% par an, le recentrage de l’économie chinoise vers sa consommation intérieure au détriment de l’investissement (+20,9% contre +24%), voire des exportations (+7,6% contre +10%), explique en partie ce ralentissement.
Le recul des importations européennes, les désastreuses répercussions des inondations en Thaïlande sur les échanges en Asie et le repli de la confiance des ménages chinois affectés par l’inflation (due à la hausse des prix énergétiques et alimentaires) rendent la situation un peu plus délicate. Ainsi la Banque mondiale vient-elle de revoir à la baisse sa prévision de croissance pour le pays en 2012 de 8,4%, initialement annoncés en janvier, à 8,2% (l’objectif officiel du gouvernement chinois étant de +7,5%). Elle préconise également de relancer la consommation intérieure par des actions budgétaires et de baisser le ratio des réserves obligatoires des banques auprès de la banque centrale. L’objectif de cette dernière mesure est de relancer la distribution de crédits tout en évitant d’accentuer la bulle immobilière.
Le durcissement des conditions de crédit immobilier et des mesures autoritaires de limitation des achats ont généré une chute des transactions (-25%). Ces mesures ont permis d’amorcer une décrue des prix tout en évitant un effondrement des prix, qui pourrait mettre à mal le système bancaire déjà fragilisé par le plan de relance de l’offre de 2009. Quoi qu’il en soit, la Chine qui n’est pas tout à fait une économie de marché dispose des moyens politiques pour peser sur les collectivités et les institutions financières en difficultés. De plus, en utilisant ses réserves de change pléthoriques, elle pourrait également créer des fonds de défaisance.
Pour autant, seul un ralentissement de la dynamique inflationniste pourrait libérer les marges de manœuvre nécessaires du côté de la politique monétaire. Or, avec un indice des prix à la consommation en progression de 3,8% (contre 3,5% anticipés) pour le 1er trimestre, rapporté à un objectif annuel de 4%, la marge de manœuvre est faible (les prix alimentaires - 62% de l’indice - ont progressé de 7,5% en mars contre 6,5% en février et 10,5% en janvier).
Quant à l’amélioration de la productivité et la hausse des salaires, cette fois-ci dans toute l’Asie (Thaïlande, Indonésie et Philippines ont relevé les leurs, même Hong Kong vient d’annoncer la mise en place d’un salaire minimum à partir du mois de mai), elles devraient permettre de stimuler la consommation de l’ensemble de la zone asiatique.
Au Brésil, son premier partenaire commercial, la réduction de l’objectif de croissance chinois à 7,5% a entraîné une baisse de la demande du secteur minier et pétrolier, alors même que l’appréciation du réal continue de défavoriser les exportations industrielles. L’appréciation de la devise brésilienne face au dollar est de 35% depuis 2008. Cette hausse, résultant d’une demande non résidente constante et poussée par l’attractivité des titres brésiliens (le taux brésilien est, en effet, le second plus haut au sein des pays du G20 et n’est dépassé que le taux russe), a pour conséquence la baisse des taux longs. Dans la même période, le taux directeur brésilien (le Sélic) a été ramené à 9,75% le 7 mars 2012. Si l’inflation se contient dans la cible (4,5%), ce dernier pourrait retrouver son plus bas historique de 8,75%, atteint en 2009, et relancer ainsi l’économie brésilienne.
Conjointement, un plan de relance de l’activité économique du pays, notamment de son secteur industriel, d’un montant de 35 Mds de dollars vient d’être voté. Il prendra la forme d’aides aux industries de l’aviation, de l’informatique et des autres machines, compensées par des taxes à l’importation. De quoi soutenir son économie comme le montre les dernières enquêtes sur l’activité.
- Les États-Unis stabilisent leur croissance.
Pour la première fois depuis quatre mois, le nombre d’emplois créés est largement tombé sous la barre des 200 000 postes en mars. Si le taux de chômage est passé de 9,1% à 8,2% en huit mois, ce rythme de créations d’emplois est clairement trop faible et explique pourquoi Ben Bernanke reste prudent quant à la reprise économique. Le niveau encore élevé du chômage et la faible progression du revenu disponible restent donc encore une source d’inquiétudes. Cela est d’autant plus vrai que la hausse des cours du pétrole est dommageable pour l’économie puisqu’elle ampute le pouvoir d’achat et affaiblit les marges des entreprises. Pour l’instant, les ménages américains continuent de consommer grâce au crédit et soutenus par un indice de confiance des consommateurs toujours élevé. L’indice calculé par l’université du Michigan pour avril ne fléchit que légèrement à 75,7 (contre 76,2 en mars, son plus haut depuis février 2011). Paradoxalement, l’indice de la situation actuelle outre-Atlantique chute, quant à lui, à un plus bas depuis quatre mois à 80,6 contre 86 précédemment, alors que l’indice de confiance sur la situation future passe de 69,8 à 72,5, son plus haut depuis deux ans et demi. De leur côté, les indicateurs d’activité sont toujours bien orientés. Si, du côté des services (75% de l’économie américaine), l’indice fléchit et passe de 57,3 à 56 (avec également une composante emploi en progression), au niveau industriel, l’ISM manufacturier passe de 52,4 à 53,4 (les composantes production et emploi s’améliorent encore).
La réindustrialisation américaine continue. 472 000 emplois industriels ont été créés depuis janvier 2010, date à laquelle l’économie américaine est tombée à 11,458 millions d’emplois manufacturiers. Toutefois, nous sommes encore loin des 17,637 millions d’emplois manufacturiers d’avril 1998, et ce, alors même que le taux de chômage dans l’industrie est encore de 7,6% contre 17,2% dans la construction, secteur visiblement le plus déprimé. Les statistiques sur l’immobilier restent très mitigées et sans perspective de reprise pour le secteur. Paradoxalement, la faiblesse des taux d’intérêt et le recul des prix dans le secteur (au plus bas depuis janvier 2003) permettent au pouvoir d’achat immobilier des ménages d’atteindre son plus haut niveau depuis le début des années 70.
Cela nous ramène à l’idée d’un 3e Quantitative Easing. La publication des débats du dernier comité monétaire américain (i.e. les minutes du FOMC) semble indiquer que cette idée devient extrêmement minoritaire. Cependant, une intervention de la banque centrale sur des titrisations hypothécaires sans création monétaire pourrait refaire surface (cf. Chronique du 19 mars 2012 : "Retour à la case départ : quelles politiques monétaires ?"). Pour peu que des doutes de la part de certains opérateurs apparaissent quant à la solidité de la reprise (la croissance anticipée est toujours comprise entre 2% et 3%), il se pourrait que l’arlésien QE3 émerge à nouveau. En attendant le déficit commercial vis-à-vis de l’Europe et de la Chine continue de se réduire.
- L’Europe diverge par sa récession.
C’est bel et bien du côté de la Vieille Europe que le problème demeure et que le doute persiste. Après un recul de 0,3% au dernier trimestre 2011, les PIB de la zone euro devraient reculer de 0,2% au 1er trimestre de cette année, pour stagner jusqu’au 3e trimestre avant de sortir de la récession. La vitesse de sortie dépendra essentiellement des conjonctures allemande et française. Si les PMI non manufacturiers résistent en mars avec 52,1 pour l’Allemagne et 50,1 pour la France, l’indice manufacturier en Allemagne demeure à 48,4 et à 46,7 en France (son plus faible niveau depuis juin 2009).
L’Allemagne continue de bénéficier de la demande des pays émergents et de sa consommation intérieure. Si le Portugal et l’Italie semblent éviter de sombrer dans la spirale négative "austérité-récession", la situation de l’Espagne est plus délicate. Ses indicateurs de conjoncture continuent de se dégrader, alors qu’elle vient d’amorcer un nouveau plan de réduction budgétaire pour tenter de contenir son déficit. En ce début de trimestre, les craintes des marchés financiers se focalisent désormais sur la péninsule Ibérique. Les deux LTRO de la BCE, qui ont permis d’atténuer la crise de liquidités des banques et autorisé les emprunts souverains italiens et espagnols à voir leurs taux baisser, n’ont pas encore rendu possible le redémarrage du crédit. La mise en place d’un pare-feu d’un montant de 800 Mds euros, pour venir en aide aux États européens qui se voyaient exclus des marchés financiers, n’aura pas longtemps apporté de la sérénité. En attendant, les taux espagnols se rapprochent dangereusement des 6% considérés comme étant insoutenables à terme. Gageons que les marchés financiers viendront tester la volonté politique d’intervention du FESF sur le marché secondaire des emprunts espagnols, tandis que la mise en place du MES ne devrait être opérationnelle qu’au début de l’été. La BCE va devoir reprendre la main, alors que jusqu’à présent son directeur, Mario Draghi, a su calmer la spéculation.
Pour l’instant, il est clair que la France, munie d’une nouvelle légitimité démocratique, devra, à son tour, montrer qu’elle poursuit ses efforts de contrôle de son déficit budgétaire.
Mais, parmi tous ces doutes légitimes qui se manifestent à nouveau, l’inconnue la plus difficile à maîtriser est d’ordre politique. En effet, la démocratie va revenir sur le devant de la scène, que ce soit en France ou en Grèce dans un premier temps, en attendant les élections aux États-Unis en fin d’année. La Chine, quant à elle, changera d’équipe dirigeante en octobre prochain.
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