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Dix ans après la grande crise de 2008, les pays développés ont retrouvé le chemin de la croissance au prix d’un cran supérieur d’endettement. Pourtant une meilleure santé économique n’a pas permis à ces pays de refermer leurs plaies sociales, voire sociétales, laissées ouvertes après l’explosion de la mondialisation. La plupart a sanctionné les élites par un « renversement de table » des peuples, en espérant qu’avec ce geste une nouvelle solution politique pourrait être trouvée.

L’élection de Trump, le référendum du Brexit, la coalition des extrémistes italiens et l’élection de Macron sont une réponse politique de ces pays développés.

Alors que parallèlement les pays émergents comme la Chine, la Russie et la Turquie voyaient leur dirigeant renforcer leur autorité en 2018, les différentes voies politiques des pays développés semblent au seuil d’une impasse en ce début d’année.

L’homme d’affaires Trump pris dans son propre engrenage

Il s’est fait élire sur un programme simple en flattant les classes moyennes américaines, grandes perdantes d’une mondialisation déséquilibrée. Avec un commerce extérieur déficitaire de plus de 560 Mds USD, le président s’est fixé pour objectif de réduire cette dépendance afin de relocaliser une partie de la production. Après avoir renégocié quelques accords bilatéraux et l’Alena, il s’est engagé dans un cycle de hausse des droits de douane sur ses importations, plus particulièrement chinoises. En parallèle, il s’est lancé dans un vaste programme d’allégement fiscal, concernant notamment les entreprises, pour stimuler plus encore l’économie et le rapatriement des capitaux évadés des États-Unis.

Si dans un premier temps l’économie américaine a été stimulée, au cours de l’année passée les représailles de cette guerre commerciale ont fini par semer le doute sur la pérennité d’une croissance américaine, dans un environnement international devenu plus que morose et avec une économie chinoise en ralentissement.

Si les marchés financiers ont applaudi au premier semestre, ils sont devenus fébriles au point de finir négatifs (-6,24 % pour le Standard and Poor), leur plus forte baisse depuis 2008.

Si le président Trump  se flattait des hausses de Wall Street, la chute du dernier trimestre a été mis sur le compte du gouverneur de la Fed dans son « obstination » à remonter les taux courts. Certes le président tente de relancer une coopération avec la Chine pour un accord qui permette à chacun de sauver la face mais il doit maintenir la pression alors que déjà l’économie mondiale ralentit et les sociétés américaines commencent à souffrir.

Ce pouvoir sur les droits de douanes lui est d’autant plus précieux qu’il a perdu la majorité au congrès et qu’il lui sera plus difficile de poursuivre sa politique budgétaire expansive. Le chantage avec les démocrates pour qu’ils acceptent le financement du « mur mexicain » contre la poursuite du financement de l’état fédéral reste symptomatique.

Jusqu’ici les marchés financiers ont accepté de financer le double déficit, courant et budgétaire de 6% du PIB, grâce à un dollar fort. Mais les tensions politiques persistant, les marchés pourraient se faire tirer l’oreille.

La première ministre Madame May victime de la démocratie britannique

Madame May sauve l’honneur de la démocratie britannique malgré la grande misère de la classe politique Britannique. Après avoir milité pour rester dans l’Union Européenne, elle a dû consentir à négocier les termes du divorce après que les principaux Brexiters aient pris la poudre d’escampette, encore abasourdis par ce qu’ils venaient de déclencher à des fins purement électoralistes. Sur des promesses de recouvrer sa liberté d’action quant à l’immigration, sa politique économique voire ses choix de société, le peuple britannique a saisi la « perche » qu’on lui a tendue.

Pourtant aucun homme politique préconisant le Brexit n’a au préalable expliqué ni les conséquences, ni le chemin à parcourir pour sortir de l’Union Européenne. Au terme de longues négociations, Madame May a fini par trouver un accord avec cette dernière, accord qu’il lui faut faire accepter par le Parlement. Or le grand mérite de celui-ci est qu’il laisse en suspens le principal problème : à savoir comment éviter la fracture entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande membre de l’Union Européenne sans une frontière dont les irlandais ne veulent plus. Si cet accord prévoit que le Royaume-Uni devienne un membre de l’Union Européenne passif jusqu’au 31 décembre 2020, sa contribution de sortie serait fixée autour de 45 millions d’euros, bénéficiant d’une liberté de circulation des marchandises mais pas de passeport européen pour son industrie financière. Le Royaume-Uni profite de cette période pour renégocier un futur accord commercial. Entre temps, il participe au budget européen, accède au marché de l’Union Européenne et tolère la libre circulation des personnes dans les deux sens.

Si cet accord est rejeté, le coût pour l’économie britannique est estimé à 80 milliards et nul ne sait quelles seraient vraiment les conséquences de la rupture brutale du lien avec le continent, d’autant qu’aucun homme politique est prêt à en assumer la charge.

Fracturation du consensus politique autour de Madame Merkel et révoltes sociales et sociétales contre le Président Macron : Le moteur européen encalminé

2018 devait être l’année du renouveau européen grâce au retour, aux côtés de l’Allemagne, de la France sur la scène politique et à une crédibilité économique retrouvée. Hélas, la réélection de Madame Merkel s’est faite quelque peu à l’arraché et devant la complexité de trouver un consensus politique, la coalition au gouvernement reste fragile ; ce qui rend difficile toute avancée majeure. Seule concession : Un accord pour un budget autonome de la zone euro. Quant à la taxe commune sur les GAFA, ne voulant pas brusquer les Etats-Unis pour ne pas fragiliser son industrie automobile exportatrice, l’Allemagne traîne toujours des pieds.

Il ne restait donc que le jeune Président français pour reprendre le flambeau européen et réconcilier Marché et Citoyen avec l’Europe, avant les élections de mars 2019. Fort de son succès de réformateur, il a obtenu quelques avancées : un ajustement de la directrice Bolkestein et une meilleure coordination de la fiscalité. Las, il a été coupé net dans son élan avec la révolte des gilets jaunes (vieux penchant français pour la révolution).

Contraint de lâcher du lest en dépenses budgétaires pour revaloriser les bas revenus, la France devrait sortir des règles Maastrichtiennes. Si en soit on peut discuter du bien-fondé de cette règle, c’est surtout la perte d’une crédibilité politique qui sera la plus handicapante à la fois pour la France mais également pour l’Europe.

Certes, au seuil de cette nouvelle année, cette impasse politique peut sembler fortement négative pour l’économie mondiale et les marchés financiers, d’autant que d’un point de vue géopolitique d’autres grandes puissances autocratiques renforcent leur pouvoir politique et militaire.

Pourtant, il suffirait que le Président Trump décide de cesser cette guerre commerciale pour se concentrer sur certaines difficultés avec les relations chinoises, que la communauté politique anglaise décide de redonner la parole au peuple et que le moteur franco-allemand décide de surpasser ses propres difficultés intérieures et offrir une vision attrayante de l’Europe pour que nous sortions de cette impasse par le haut.

Car après tout le pire n’est jamais certain…

 

Éric Venet

Source : Montbleu Finance