montbleu finance / Chroniques

10 ans : La fin d’un monde, le début d’un autre

Octobre 2007. montbleu finance était créée. L’idée paraissait folle : associer une analyse financière de proximité sur des entreprises de petites tailles, respectant des valeurs que nous jugeons essentielles, à une analyse macro-économique et financière mondiale dont nous pressentions qu’elle pourrait tout emporter sur son passage. Et tout cela en s’efforçant de garder l’épargnant, notre client, au cœur du système.

Pour dire vrai, nous n’avions pas imaginé ô combien cette tâche serait difficile et exigeante (pourrais-je dire exténuante ?), mais finalement si passionnante. À la tâche d’entrepreneur créateur d’entreprise, il fallait associer celle de réflexion pour comprendre les événements majeurs que nous allions vivre et qui allaient nous amener en terrain inconnu avec des politiques et financières jusque-là jamais menées. Et pourtant, nous savions, peut-être inconsciemment, que le monde économique et politique de 2007 serait amené à se transformer ou à exploser. Nous avons eu l’explosion : il y a 10 ans, nous entrions dans cette phase de transformation.

 

D’hier...

Je me souviens lorsque mes étudiants m’interrogeaient, en 2007, sur les grands enjeux économiques et sur les problèmes à régler. Il y avait alors des interrogations et guère de solutions. Le monde économique, définitivement gagné par l’orthodoxie néo-libérale, avait laissé grand ouvert ses marchés intérieurs aux importations chinoises, et ce, sans aucune exigence de réciprocité.

Les pays occidentaux y avaient, dans un calcul  de court terme, trouvé la solution pour créer de la désinflation et gagner temporairement du pouvoir d’achat, sans même se soucier de la désindustrialisation ni de la paupérisation d’une partie de notre société. Le prix demandé par la Chine en contrepartie de cette désinflation était de produire sur place, le pays ayant grand besoin d’emplois pour nourrir une urbanisation insatiable. Pourtant, il n’était pas difficile de prévoir que les joint-ventures chinoises ainsi créées viendraient bientôt concurrencer nos champions nationaux, accélérant le processus de désindustrialisation déjà à l’œuvre en Occident. Si la

Chine accumulait des excédents courants records et les pays occidentaux des déficits (hormis l’Allemagne qui vendait des machines), son appétit était tel que son environnement allait se dégrader dramatiquement. Je me souviens d’un séjour à Pékin dans les années 2000, difficile d’apercevoir le soleil sous cette grisaille !

Quant aux États-Unis, comment expliquer à mes étudiants que le déficit abyssal accumulé, qui nourrissait une spéculation immobilière sans vergogne, pouvait encore s’accélérer ?

C’est donc en 2007 que le monde ancien allait se fissurer pour exploser en plein vol en octobre 2008, avec à son paroxysme la faillite de la banque Lehman Brothers. Je me souviendrai encore longtemps de ce week-end passé au téléphone avec nos clients inquiets, à juste titre, d’une possible explosion du système bancaire. Avec confiance, nous avons défendu la sagesse politique et la raison pour trouver les parades économiques adéquates. Ce fut le cas avec les grands accords du G20 et les politiques monétaires inimaginables, allant de l’achat d’actifs financiers sur les marchés aux politiques de taux négatifs qui dépassent le bon sens. Il fallait avoir la foi en l’avenir, nous l’avions.

 

… À aujourd’hui

10 ans plus tard, le marché a retrouvé une nouvelle sagesse. Certes, la tentation populiste a été grande et les rébellions politiques se sont traduites par un Brexit mal à propos, impossible à réaliser, et par l’élection d’un président américain prônant le business court-termiste avant tout, à contre-sens de l’histoire et dont le pays en paiera longtemps le prix.

Chose inimaginable il y a seulement une décennie, la Chine se fait désormais le champion du développement durable. Elle privilégie sa consommation interne et son environnement, tout en retrouvant un certain équilibre commercial.

L’Europe a, quant à elle, enfin compris qu’elle devait se soucier de ses citoyens, de ses travailleurs et des laissés-pour-compte. L’économie circulaire et collaborative y trouve enfin sa place. L’ensemble du marché a désormais un nouvel horizon et un axe de croissance forte : faire du développement durable le nouveau moteur de prospérité des futures générations.

Les dix prochaines années nous apporteront donc de belles opportunités. Nous pouvons enfin réconcilier l’épargnant, notre client, et l’éthique économique.

 

C’est un sacré défi, mais nous avons jusqu’ici su relever tous ceux qui étaient sur notre route. Il est certain qu’avec la fougue de la jeune équipe renouvelée de montbleu finance nous saurons le relever.

 

Éric Venet

Directeur général de montbleu finance

Mots clés :