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Tensions économiques et politiques sur l’échiquier mondial

Le candidat Trump le martelait mais nous avions considéré que le président Trump ne serait pas assez "politiquement incorrect" pour remettre en cause le sacro-saint libre-échange. Il s’était déjà lancé, il y a quelques semaines, dans un vaste programme d’allégement d’impôts profitant plus aux entreprises qu’aux ménages américains (malgré un coût estimé à 1 500 Mds$ et alors qu’un taux de chômage historiquement bas à 4% ne nécessite aucune relance). Comme promis, cette loi envisageait bien une taxe unique pour rapatrier les 1 000 à 3 000 Mds$ de liquidités, stockées à l’étranger par ces mêmes entreprises afin d’échapper à l’impôt. Morgan Stanley considère que les fonds ainsi rapatriés devraient soutenir l’investissement à hauteur de 40% et les rachats d’actions et versements de dividendes dans une même proportion, ne laissant que 20% pour augmenter les salaires ou verser des primes exceptionnelles.

Fort de ce succès politique face à un congrès quelque peu réticent, le président Trump s’est enhardi et, comme à l’accoutumée, n’a pas hésité à poursuivre plus avant son programme électoral et à prendre à bras le corps le problème de déséquilibre structurel du commerce extérieur américain. Pour prendre l’avantage dans la renégociation du traité de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, il a décidé de taxer de façon unilatérale les importations d’acier et d’aluminium, avant d’exonérer ces mêmes partenaires puis d’exempter provisoirement l’Europe.

 

Une guerre commerciale ouverte...

Puisque « les guerres commerciales sont si faciles à gagner », dixit le président dans son tweet désormais célèbre, il a décidé de s’attaquer aux 375 Mds$ de déficit vis-à-vis de la Chine. Il a d’abord indiqué vouloir imposer des droits de douane à hauteur de 60 Mds$ sur les importations en provenance de l’empire du Milieu. Puis, ce dernier a voulu rendre coup pour coup en publiant une liste de 128 produits américains taxés à leur tour. La menace pèse ainsi sur le soja américain et les Boeing…

Devant cette grave escalade protectionniste, où chacun des protagonistes est perdant, l’administration américaine s’efforce de rassurer les marchés financiers en faisant savoir qu’il était bien dans l’intention des États-Unis de se mettre autour d’une table et de renégocier les termes de l’échange avec les Chinois. Encore une fois, si l’intention peut se justifier d’un point de vue économique et politique, la méthode peut paraître dangereuse pour le gain modeste qui en sera tiré. Il est fort à parier que les États-Unis finiront par recevoir quelques concessions commerciales de la part de leur partenaire chinois mais l’essentiel ne sera pas là.

 

… Déjà perdue

Le grand déséquilibre en matière de commerce de biens provient de la mondialisation des chaînes de valeur (comme l’illustre l’importation par Apple de composants fabriqués en Chine). Mais ce qui est plus pernicieux encore, c’est que la Chine demande la création d’une entreprise commune (joint-venture) avec chacune des sociétés étrangères qui souhaite s’implanter sur son territoire et bénéficier de son immense marché intérieur. Or, cette structure commune permet à la Chine de s’approprier, tôt ou tard et au mépris des règles de l’OMC, la technologie étrangère et de créer des champions nationaux. Ce qui était déjà une évidence pour l’industrie l’est aujourd’hui plus encore pour le numérique. Aucun des GAFA américains n’a pu prospérer en Chine, Uber ayant même dû revendre sa joint-venture. À l’abri de leur colossal marché intérieur, les Alibaba, Baidu et autres Tencent sont des géants qui n’ont rien à envier à leurs concurrents américains. Plus encore, aucun média ni pouvoir ne viendra remettre en cause l’utilisation qu’ils feront des données collectées (cf. l’affaire Facebook). Qui plus est, bénéficiant de l’appui politique et financier de l’État chinois, ils s’apprêtent à conquérir le reste du monde.

 

La Chine, déjà championne de l’économie durable

Alors que les États-Unis tournent le dos au développement durable, la Chine s’affirme comme la première puissance économique du secteur. Elle maîtrise l’ensemble de la chaîne de production et 90% des terres rares et des métaux sans lesquels aucun moteur électrique n’est possible. Désormais, elle fixera les normes et standards internationaux.

Alors oui, la Chine peut abandonner quelques parts de son marché intérieur aux États-Unis, tout comme l’avait fait 40 ans plus tôt le Japon, puissance qui menaçait les États-Unis où un autre président iconoclaste était alors au pouvoir, un certain Ronald Reagan…

 
 
Éric Venet
Directeur général de montbleu finance