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Des craintes de stagflation à celles de récession

Lorsque nous écrivions, lors de la dernière Montbleu News, que l’invasion russe en Ukraine était un événement majeur pour la sphère économique nous étions encore loin de nous douter de toutes les conséquences de cette dernière.

 

En mars, nos économies européennes se remettaient tout juste d’une crise sanitaire sans précédent qui avait poussé nos gouvernements à mettre nos économies sous perfusion et nos entrepreneurs peinaient alors à répondre au soudain regain d’appétit de consommation de nos concitoyens. Ce choc sur l’offre se traduisait par un souci d’approvisionnement propice aux augmentations de prix. Nous pouvions néanmoins considérer cette hausse soudaine des prix comme une variable d’ajustement et donc un phénomène transitoire.

 

Puis vint le choc énergétique : l’Europe découvrait sa forte dépendance vis-à-vis de son voisin russe, ce qui poussa plus loin les pressions inflationnistes. Jusqu’à l’été, les banquiers centraux considéraient que ces pressions finiraient par faiblir et qu’une normalisation des politiques monétaires, jusqu’ici très accommodantes, suffirait à équilibrer le système économique. Il s’est avéré qu’aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe, les agents économiques ont non seulement maintenu leur volonté de consommation mais également augmenté leurs anticipations d’inflation. Dès lors, la priorité a été donnée à la lutte contre l’inflation au détriment de la croissance.

 

Rappelons que seule une hausse des prix limitée – et surtout, contenue – peut être positive dans une économie endettée. Or, la seule arme dont dispose les autorités monétaires est celle d’une remontée des taux, quitte à sacrifier la croissance à court terme. Dès lors, chaque statistique corroborant le maintien d’un taux élevé d’inflation devient un encouragement à la sévérité monétaire. Ce mouvement continue de hausse des taux courts a, bien évidemment, fait exploser les taux longs avec une rapidité encore jamais vue auparavant, entraînant une chute drastique du marché obligataire et une baisse du marché des actions.

 

Aux Etats-Unis, l’économie, en pleine emploi, reste pour l’instant très résiliente face à cette hausse continue des taux, même si les 32 trillions de dollars détruits par la chute des marchés mondiaux depuis novembre et la chute des prix immobiliers finira, tôt ou tard, par peser sur le moral des Américains.

C’est donc désormais non plus une stagflation qui nous menace mais une récession. Plus vite les agents économiques l’auront anticipé plus cette dernière sera courte ; car la pression sur la politique monétaire sera moindre et pourra, dès lors, accompagner les politiques budgétaires qui tentent de protéger les plus vulnérables de ses effets dévastateurs.

 

Pour finir, à cet environnement économique général morose l’Europe doit ajouter un défi majeur : un rééquilibrage de sa politique énergétique tant dans la sécurité de son approvisionnement que dans la redéfinition de ses sources d’énergie. L’épreuve de l’hiver sera, en ce sens, un test déterminant. Devant la persistance de prix énergétiques élevés, la BCE n’a d’autres choix que de poursuivre son mouvement de hausse des taux courts même si cela paraît contre-intuitif étant donné les conséquences douloureuses de l’explosion des prix énergétiques, tant pour les entreprises que pour les consommateurs.

 

Cette priorité donnée à la lutte contre l’inflation au détriment de la croissance atteindra vite ses limites lorsque les coûts de l’endettement deviendront déstabilisateurs pour une économie européenne devant affronter une guerre à ses frontières. Souhaitons que l’hydre de l’inflation puisse rentrer dans sa taverne le plus vite possible afin de nous permettre de nous concentrer sur nos vrais défis politiques, sociétaux et climatiques.


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Éric VENET

Source : Montbleu Finance