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ET SI L’ECONOMIE MONDIALE RESISTAIT ? (Saison 2)

Telle était notre interrogation au début du printemps. Un été (qui a pulvérisé les records de chaleur) plus tard, nous revoyons ci devant la même interrogation, avec les mêmes craintes et les mêmes espoirs, mais pour des raisons différentes.

Désormais, Politique-Finance et Economie interagissent voire se neutralisent sans pour autant définir une voie de sortie dans ce qu’il faut bien appeler une remise en cause sociétale.

 LES ETATS-UNIS, PLUS QUE JAMAIS, POINT NEVRALGIQUE DES MARCHES FINANCIERS : L’ECONOMIQUE TIENT BON, LE POLITIQUE FLANCHE.

Désormais le monde économico-financier doit tenir compte des comportements impulsifs du président Trump. Ses tweets commentant sa guerre commerciale avec la Chine qu’il a enclenchée depuis plus d’un an alimentent une certaine schizophrénie chez les investisseurs et surtout une grande instabilité sur les décisions d’investissement et les stratégies industrielles de l’ensemble des pays du monde. De la sincérité de trouver un compromis dépend la stabilité des échanges mondiaux et donc la croissance mondiale. Mais comme si cela ne suffisait pas, le Président américain se sert de cette guerre d’usure pour obtenir une baisse de taux de la Banque Centrale. Cette dernière n’a pas d’autres choix que de pratiquer désormais une politique accommodante, non pas pour obéir au Président (sa crédibilité est son plus grand instrument d’intervention) mais pour contrer les pressions de ralentissement économique induites par l’attitude du président américain. Par ce jeu de « tu me tiens par la barbichette » les Marchés Financiers restent pour l’instant sereins mais jusqu’à quand ? Les indicateurs industriels continuent d’être négatifs et ceux des services commencent à indiquer quelques faiblesses. Certes, les Etats-Unis bénéficient toujours d’un taux de chômage au plus bas (3.50%, le plus bas depuis 50 ans) et d’une consommation toujours aussi élevée. Cette dernière sera déterminante pour que le ralentissement ne se transforme pas en « récession ». Le mot est sur toutes les lèvres des financiers et des économistes. Nous n’y croyons pas du moins tant que la Banque Centrale garde sa crédibilité et le président Trump, une certaine retenue. Pourtant la procédure «d’empêchement » pourrait le pousser dans des extrêmes et basculer cet équilibre fragile. Nous gardons l’espoir d’une stabilisation malgré cet environnement politique anxiogène.

 L’EUROPE VICTIME DE LA GUERRE COMMERCIALE TENTE DE SE RECONSTRUIRE POLITIQUEMENT

Prise entre deux feux dans cet environnement commercial délétère, l’Europe est touchée par la récession allemande victime d’une double crise : son industrie automobile subit un fort ralentissement de la demande chinoise tout en devant gérer l’incroyable mutation technologique, sous la double pression chinoise mais aussi européenne (à travers de nouvelles normes imposées). Pour l’instant, la consommation résiste et le taux de chômage (grâce à un chômage partiel) reste au plus bas. Même si ce ralentissement pèse sur la conjoncture française, son premier partenaire commercial, notre économie est soutenue par une consommation qui bénéficie d’une politique budgétaire favorisant le pouvoir d’achat, d’un chômage qui se résorbe et d’investissements extérieurs accrus, signe d’une attractivité retrouvée.

De plus, aux vues des craintes commerciales et devant l’impossibilité de soutenir l’objectif de hausse de prix de 2% considéré (à tort ou à raison) nécessaire pour éviter à la fois une crainte déflationniste et alléger le fardeau d’une économie endettée, la BCE a sorti une nouvelle fois l’artillerie lourde monétaire. Avant de transmettre son poste à Mme Lagarde, Mario Draghi a enclenché à nouveau une baisse des taux courts, tout en élaborant un mécanisme permettant aux banques de ne pas trop souffrir de cette ponction sur leur réserve placée à des taux à -0.50%.

 UNE ECONOMIE CHINOISE FRAGILISEE MAIS SOUTENUE PAR UN POUVOIR POLITIQUE FORT.

 C’est tout le contraire qui se passe en Chine. Le pouvoir politique s’efforce de piloter une économie confrontée à un vaste problème structurel. Cela fait déjà plusieurs années que les autorités s’efforcent de passer d’un développement industriel à une économie de consommation et de services. La guerre commerciale enclenchée par son premier débiteur ne fait qu’accroitre la pression sur son industrie engagée dans un mouvement de restructuration.

La Chine s’appuie sur les entreprises d’Etat pour poursuivre cette réorientation et éliminer les surcapacités de production et réduire d’autant la pollution qui en est liée, même si les autorités ont dû relâcher leur resserrement financier pour soulager les entreprises les plus fragiles et peser trop sur la croissance.

Pour l’instant, le consommateur chinois demeure au rendez-vous et reste le principal soutien de son économie. Il consomme et voyage plus que jamais (faisant le bonheur des entreprises européennes du luxe) réduisant ainsi de façon drastique l’excédent de sa balance des opérations courantes (l’excédent commercial étant compensé par la sortie de capitaux des services et du tourisme).

Jusqu’ici le consommateur ne remet pas en cause l’autoritarisme d’un pouvoir renforcé par un contrôle qui permet les technologies sur les individus mais les enjeux sont importants. La révolte des citoyens de Hong-Kong contre un renforcement de l’autorité centrale en est le point d’orgue. La sortie de ce conflit déterminera si ce renforcement de l’autorité politique peut s’étendre au détriment de l’économique.

 Eric Venet

Directeur général 

Source : Montbleu Finance