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Et si l’Économie Mondiale résistait ?

La guerre commerciale a créé un choc dont l’ampleur a été sous-estimée, d’autant plus important quand les économies sont dépendantes du commerce extérieur.
Depuis trois mois, le FMI ne cesse de réviser en baisse ses prévisions pour l’économie mondiale.
Pourtant, un rebond semble se dessiner grâce aux banquiers centraux qui ont abandonné la normalisation de leur politique monétaire et surtout avec l’espoir d’un accord sino-américain sérieux (ce qui a porté jusqu’ici les Marchés Financiers vers leur plus haut).

Les Etats-Unis prolongent leur cycle de croissance

Après un plan de réduction d’impôts massif favorisant davantage les entreprises que les particuliers, l’économie reste sur sa trajectoire de 3% de croissance annuelle. Même si une faible partie (20 à 30%) de ces économies d’impôts a été distribuée en salaires et a financé des investissements, elle a eu pour mérite de dynamiser la demande interne. Le taux de chômage historiquement très faible alimente peu à peu une revendication salariale qui elle-même attire de nouveaux travailleurs sur le marché du travail (augmentation du taux de participation). Cette demande des ménages soutient les investissements des entreprises et renforce ainsi une demande interne qui compense la baisse de la demande extérieure. Si l’on considère la productivité moyenne qui s’accroit, l’économie américaine voit donc sa croissance potentielle augmentée.
La seule problématique demeure le financement de ce gigantesque plan de relance (1500 Mds USD), d’où la nécessité absolue de maintenir des taux long terme très bas et donc la pression de D. Trump et des marchés pour stopper (pour l’instant) la remontée des taux. Il est impératif que l’économie génère suffisamment de croissance additionnelle pour financer le déficit. Pour l’instant, la Fed s’y prête bien volontiers d’autant que l’inflation reste très en dessous de l’objectif des 2%.
Les limites de ce cercle vertueux reposent donc sur une inflation maitrisée et une politique monétaire ajustée ainsi qu’une réelle accalmie dans les relations commerciales.

L’Europe reste à la croisée des chemins

La situation de l’Europe est et restera très duale. De par son excédent commercial très élevé, l’Allemagne a souffert de la crise du secteur automobile. Déjà fragilisés par le scandale du diesel, les constructeurs allemands ont été frappés de plein fouet par la guerre commerciale enclenchée par les Etats-Unis. La forte chute de la demande chinoise qui, désormais, impose la voiture électrique n’a fait qu’aggraver le problème industriel. Si l’Allemagne a échappé de justesse à la récession, elle le doit donc à sa demande intérieure. Néanmoins, l’effort budgétaire jusqu’ici concédé (son excédent a été ramené à un simple équilibre), semble encore trop modeste. Il est certain qu’elle doit retrouver une économie plus autocentrée. Des besoins de modernisation des infrastructures de transports élevés, une politique énergétique trop carbonée et une demande sociale plus forte nécessitent un plan de relance plus ambitieux. Les moyens financiers existent (l’Allemagne emprunte à dix ans à taux négatif) mais cela exige un changement politique. Cette relance budgétaire souhaitée par le FMI pourrait également bénéficier à ses partenaires commerciaux et en premier chef à l’économie française.
Cette dernière résiste étonnamment grâce à sa consommation intérieure renforcée par un soutien du pouvoir d’achat, suite à la crise des gilets jaunes. Une attractivité retrouvée devrait continuer à développer l’investissement productif, à condition toutefois que le chômage structurel ne vienne pas trop vite bloquer le marché de l’emploi. Une amélioration du marché du travail sera source d’une croissance potentielle plus élevée, mais là encore une acceptabilité politique est nécessaire. Les élections européennes à venir feront figure de test.

La Chine emploie les grands moyens pour relancer son économie

La guerre commerciale a donné le coup de grâce à une économie en ralentissement. Les dégâts dans la sphère de production ont été plus élevés qu’anticipés. Face à une forte chute en fin d’année de sa croissance, la Chine a vivement réagi, tant sur le plan extérieur qu’intérieur. Elle a décidé d’adopter une attitude plus conciliante en acceptant de discuter, sous la pression des Etats-Unis, de l’ouverture de son économie (reste à savoir si les négociations en cours sont sincères et déboucheront sur un changement de paradigme du commerce mondial).
Sur le plan intérieur, le gouvernement chinois a préféré, devant l’urgence, tourner le dos à ses objectifs de moyen terme (à savoir une libéralisation de son économie centrée davantage vers la consommation et un endettement contrôlé) pour injecter massivement des liquidités et soutenir des secteurs en difficultés. Ce faisant, la Chine s’appuie encore un peu plus sur ses grandes firmes d’Etat, au détriment de son secteur privé et sur l’immobilier, au détriment de l’endettement de ses agents économiques.
Aussi, après des chiffres du premier trimestre très négatifs, il semble que le traitement infligé à l’économie chinoise commence à agir, même si des doutes de fiabilité subsistent.
Là encore, la solution est politique. Elle demeure dans la sincérité de la posture chinoise. Les marchés de capitaux veulent y croire, à l’image de l’augmentation de la part des obligations chinoises dans l’indice MSCI décidée récemment.

 

Éric Venet

Source : Montbleu Finance