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Le COVID 19 : Une crise sanitaire suivie d’une crise économique doublée d’une crise financière ??…

L’ampleur de la crise sanitaire du COVID 19 a surpris la plupart des décideurs sanitaires, économiques, financiers. Devant son extrême contagion, les difficultés à soigner certains patients infectés par le virus et la lourdeur des traitements face à un système sanitaire aux capacités limitées, la quasi-totalité des dirigeants politiques, épaulés par leurs conseils scientifiques, a décidé un confinement de la moitié de la population mondiale, entraînant une mise en arrêt nette de l’économie. Ne pouvant arrêter le temps économique et financier indéfiniment, une intervention massive était nécessaire…

Non seulement fallait-il préserver la santé du citoyen, mais aussi, du fait de son statut de consommateur, s’assurer de ses capacités à recouvrer ses fonctions économiques en sortie de crise sanitaire. Il fallait donc lui garantir un moyen d’existence tout en préservant le système productif, autant que faire se peut. Ce consommateur a donc été pris en charge par l’Etat grâce à différents moyens comme le chômage partiel (en Europe) ou des allocations (pour les chômeurs américains). Il fallait également soutenir la trésorerie des entreprises désormais privées de recettes et confrontées à des charges fixes. D’où l’octroi de prêts bonifiés et garantis ou encore l’allégement de charges fiscales permettant de surmonter – pour les plus fragiles – cette période difficile. Ces interventions représentent à ce jour, plus ou moins 20 % du PIB de la Zone Euro et des États-Unis. 

Cependant, figer le système économique n’est pas sans conséquences pour la Finance, d’où la menace d’une crise financière. Et là aussi, une intervention massive des banques centrales était nécessaire pour fournir des liquidités sur des marchés interbancaires tétanisés par une crainte de non-solvabilité. Des achats de titres d’Etat et d’entreprises – quelle que soit leur taille, voire leur notation – ont été mis en place pour garantir une certaine liquidité, faire retomber la pression sur les taux d’intérêt et éviter leur envol. On parle ici de plusieurs unités de trillions de dollars (autour de 10 % des PIB). La banque centrale américaine a même été jusqu’à prêter directement aux entreprises (à condition de renoncer aux licenciements, aux rachats d’actions et aux dividendes). 

Il faudra maintenant prévoir des plans de relance de l’activité pour remettre en route la machine dès lors que le Politique décidera de lever le confinement économique. Etant attendu que l’économie mondiale aura subi un choc à la fois d’offre et de demande, la reprise restera compliquée. De nombreux secteurs industriels et de services devront faire face à l’indisponibilité du capital variable nécessaire à leur production. Dès lors, quelle sera l’attitude des entrepreneurs quant à leur programme d’investissement ? La consommation repartira-t-elle rapidement ? Différemment ? Ne doit-on pas craindre davantage d’épargne de précaution de la part des consommateurs ?

Doit-on s’inquiéter de cette accumulation de dettes ?

Si les interventions de banques centrales peuvent être démonétisées a posteriori par la réduction de l’ampleur des interventions et l’allègement des actifs dans leur bilan (extension naturelle) ou encore par le remboursement des créances (ou leur revente sur les marchés), la dette des Etats restera problématique. Pour alléger cette dette, l’Europe vient de créer un niveau supplémentaire d’emprunt à travers le MES (sorte de Fonds monétaire européen), la BEI (Banque Européenne d’Investissement) ainsi que la Commission Européenne, le tout pour un montant de 540 Milliards d’euros. Un fonds de relance est même envisagé pour les Etats touchés par le coronavirus, aux côtés du plan vert de 1000 milliards d’euros de la Commission Européenne.

L’accumulation de ces dettes ne posera pas de problèmes à court et moyen terme, tant que les banquiers centraux les achèteront à l’émission ou sur le marché secondaire. L’important reste la soutenabilité de cette dette. Les banques centrales s’obligeront à garder ces taux d’intérêts à un niveau très faible. Pourtant, toutes ces liquidités injectées dans les circuits financiers pourraient bien se retrouver dans la sphère réelle dès lors que la demande repartira, confrontée à de nombreux problèmes d’offre (goulots d’étranglement, relocalisation des processus de production, modification de la stratégie des entreprises, etc.). On pourrait alors retrouver « l’ardoise magique de l’inflation », qui permet de rembourser ses dettes dans une monnaie dépréciée. À moins de franchir la dernière ligne rouge des économistes et financiers, à savoir : l’allègement partiel des dettes par abandon de certaines créances…

On le voit, cette crise du coronavirus sera bien un tournant du XXIe siècle dans la sphère économique, financière et n’en doutons pas, politique.

       Eric VENET

Directeur Général Montbleu Finance

Source : Montbleu Finance