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Le réveil européen

Nous aurions pu évoquer l’ampleur de la crise sanitaire du covid-19 et ses conséquences économiques sans précédent parmi lesquelles la remontée drastique du chômage à travers le monde et l’endettement massif des nations pour protéger leur économie, leurs citoyens et leurs entreprises. Nous aurions pu nous pencher sur les centaines de milliards d’euros créés et injectés par les banques centrales pour soutenir le système bancaire et financier mondial. Au lieu de cela, nous avons choisi de mettre à l’honneur les avancées majeures qu’a permis cette crise exceptionnelle pour notre continent européen.

La mise sous cloche de la plupart des économies mondiales pour combattre la crise sanitaire a fait craindre une crise financière majeure telle que nous l’avons connue en 2008, avec son corolaire de retombées économiques et sociales gravissimes. Pourtant, forts de leur expérience passée, les banquiers centraux ont réagi immédiatement en inondant les marchés financiers de liquidités tandis que les gouvernements intervenaient massivement par des plans de soutien nationaux, n’hésitant pas à faire voler en éclats la règle des déficits budgétaires pour intervenir à hauteur de 10 à 20 % du PIB. Dès lors, s’est inéluctablement posée la question de la soutenabilité de la dette pour certains pays de la Zone Euro. Allions-nous reproduire le scénario de la tragédie grecque et son plan  d’austérité massive contre-productif et antidémocratique ?

Par un heureux hasard de l’histoire, le couple franco-allemand avait alors retrouvé toute sa force politique : le président français, investi d’une légitimité européenne, et la chancelière, portée par une légitimité nationale retrouvée, parvinrent à franchir le Rubicon en proposant un plan, à la fois de solidarité et de relance, au sein de l’Europe et financé par les Européens. Cette proposition fut reprise et aménagée par la Commission Européenne conduite par l’allemande Madame Von der Leyen qui proposait déjà depuis mars un vaste plan de 1 000 milliards d’euros d’investissements dans le développement durable.

Certes, ce plan de 750 milliards (500 milliards sous forme de subventions et 250 milliards sous forme de prêts) devra encore être discuté et recueillir l’unanimité des états européens, mais il verra le jour au cours de l’été. En effet, le 1er juillet, l’Allemagne prend la présidence tournante du Conseil de l’Europe et, n’en doutons pas, la chancelière aura à cœur de laisser son empreinte historique. Car  l’adjectif « historique » n’est pas, cette fois, galvaudé. Pour la première fois les états européens sont sur le point d’accepter la notion de Solidarité aux côtés de la Responsabilité. Des régions, des secteurs, seront soutenus non pour leur appartenance à un Etat ou le bon vouloir des quotas, mais parce qu’ils incarnent un besoin économique prioritaire (la santé, l’environnement, le développement durable, la technologie). Ces initiatives permettront à l’Europe de reprendre le leadership de la croissance durable, domaine dans lequel elle peut encore prétendre à une place de choix et compter face au reste du monde. Ce plan nécessitera un budget fédéral européen autonome en plus des dotations budgétaires nationales. Ce budget sera vraisemblablement alimenté par des taxes ou impôts européens, sous l’autorité d’une union politique à venir – et inéluctable – et d’une union politique contrôlée à son tour par le Parlement européen et rendant le processus politique un peu plus démocratique.  Mais la révolution ne s’arrête pas là car ce budget européen nécessitera des emprunts qui seront émis – pour la première fois dans l’histoire de l’Europe – par la Commission Européenne. Cette capacité à lever de l’emprunt sera une puissante arme financière à côté de notre banque centrale qui, sous l’impulsion de Mme Lagarde, n’aura pas lésiné sur les moyens pour soutenir la Zone Euro. Ce Trésor européen nous permettra de rivaliser avec les États-Unis et la Chine.

C’est donc un pas de géant que l’Europe vient de franchir et qui nous permettra d’affronter le monde de demain.

Dès lors, il ne vous aura pas échappé que le nouveau fonds commun d’actions SAVE que nous gérons depuis le début de l’année, entièrement consacré aux entreprises européennes impliquées dans le développement durable, devrait bénéficier d’un environnement extrêmement favorable…

Éric VENET

Source : Montbleu Finance