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Après avoir été chahutées à l’automne sur fond de craintes pour la croissance chinoise, les valeurs européennes du luxe se sont tant et si bien redressées depuis que les « bonnes affaires » se font rares dans le secteur. 

Hermès fait partie de ces valeurs qui, en dépit de résultats mirobolants, planent en Bourse à des hauteurs peu attrayantes pour les investisseurs. Le sellier a publié mercredi des résultats record et supérieurs aux attentes des analystes, dont un chiffre d’affaires de près de 6 milliards d’euros et un bénéfice net en hausse de 15%. Le titre avance de 1% et affiche une valorisation de près de 40 fois les bénéfices attendus pour l’année en cours. 

« La valorisation d’Hermès a toujours été élevée. Elle reflète les fondamentaux exceptionnels du groupe. Mais en dépit de son image de valeur défensive, le titre n’est pas à l’abri d’un retournement de marché, surtout depuis qu’il a intégré le CAC 40 », souligne un analyste parisien. 

Le numéro un mondial du luxe, LVMH, semble lui aussi plafonner après une hausse de 23% depuis le début de l’année. Le titre se paie environ 22 fois les bénéfices attendus pour l’année en cours. « De nombreux investisseurs considèrent que LVMH est correctement valorisé et attendent un repli du titre pour investir », note UBS, qui pointe également quelques interrogations sur l’évolution des marges du groupe en 2019. 

Les plus petites valeurs du secteur ne sont pas forcément meilleur marché. Le fabricant italien de doudounes Moncler s’échange à près de 25 fois les bénéfices attendus pour cette année. Le titre a déjà grimpé de 25% depuis le 1er janvier, les investisseurs valorisant le potentiel de croissance du groupe en Chine et son excellente rentabilité, avec une marge brute d’exploitation supérieure à 35% l’an passé. Mais la sortie d’Eurazeo du capital, annoncée mercredi pour un prix par action légèrement inférieur à 37 euros, montre que certains investisseurs anticipent une modération boursière. 

Si les bonnes affaires se font rares, elles existent néanmoins. A 18 fois les bénéfices attendus pour l’année en cours, Kering est la deuxième valeur la moins onéreuse parmi les dix premiers groupes européens de luxe. Le numéro deux français du luxe a pourtant publié des résultats nettement supérieurs aux attentes au quatrième trimestre, portés par l’incroyable succès de sa marque phare Gucci en Chine et auprès des Millennials. « Gucci reste la marque de luxe à la croissance la plus rapide, avec une dynamique solide dans toutes les régions », souligne AlphaValue. Le bureau d’analystes a porté début mars son objectif de cours sur Kering 633 euros, faisant ressortir un potentiel de hausse de plus de 30%. Goldman Sachs a également mis le titre sur sa liste de valeurs préférées (« conviction buy list »). 

Aux mêmes niveaux de valorisation que Kering, les joailliers suisses Swatch et Richemont sont des paris plus risqués. Les deux groupes évoluent sur un segment de marché à la peine depuis plusieurs années, celui du « hard luxury » (montres, bijoux), et affichent des résultats en dents de scie. 

Bien qu’il ait encore vu ses ventes baisser au cours du premier semestre de son exercice décalé, le britannique Burberry suscite l’intérêt des investisseurs. « C’est une valeur en retournement », note Sophie Fournet, présidente de Montbleu Finance. « Comme Gucci, Hermès ou Vuitton, Burberry a pris le virage de l’ecommerce ce qui lui permet de capter une clientèle plus jeune, notamment en Chine », ajoute-t-elle. A court terme, le titre pourrait pâtir des incertitudes liées au Brexit et à l’évolution de la livre sterling. Mais l’arrivée il y a un an d’un nouveau directeur artistique, Riccardo Tisci, et le repositionnement du groupe sur le haut de gamme pourraient être les recettes d’un prochain succès. 

S’ils ont jusqu’ici privilégié les valeurs sûres — LVMH, Hermès – les investisseurs devraient s’intéresser à celles qui brillent un peu moins pour trouver la perle rare. 

 

François Schott, Agefi-Dow Jones

Source : Montbleu Finance