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Les leçons à tirer de la première crise sanitaire mondiale de l’anthropocène

Nous avions eu une première alerte avec la crise financière mondiale de 2008 qui a ensuite dégénéré
en une crise économique importante. Mais, grâce à des politiques économiques classiques (budgétaires) et non conventionnelles (monétaires), les autorités compétentes ont réussi, par une coopération internationale, à redresser le système économique et financier mondial.
Pourtant par ce sauvetage, la finance, noyée par les liquidités, a rendu un système économique absurde dans lequel la valeur des richesses de demain est moindre que celle d’aujourd’hui (conséquences des taux négatifs) et la propulsé les marchés financiers sur leur plus haut. Puis vint cette pandémie mondiale. Cette fois-ci, il n’y aura pas eu de crise financière car les mêmes recettes seront appliquées (bien qu’à des échelles 2 à 3 fois supérieures). Pourtant une crise économique volontairement provoquée pour cause sanitaire est devant nous. Nous avons tenté de sauvegarder le mieux possible « le potentiel économique » comme disent les économistes, grâce à des soutiens publics massifs provoquant des déficits jamais vus en temps de paix.
Au moment de rebrancher la vie économique et sociale mise en quarantaine, des questions légitimes se posent. Devons-nous continuer cette fuite en avant ?(qui peut se légitimer par le fait qu’il est impératif de redonner au plus vite à la moitié de la population mondiale confinée la possibilité de retrouver une existence décente) ou devons-nous nous interroger sur la signification d’une telle crise? et essayer de repenser le système (ce qui est bien plus complexe et certainement difficile à court terme pour la plupart d’entre nous) ou du moins tenter de le réorienter pour éviter ou alléger la prochaine crise.

Le paradoxe de cette pandémie est qu’elle aura révélé notre interdépendance à l’échelle de la planète mais également notre besoin de socialisation et d’appartenance à une communauté solidaire proche : d’où la nécessité du passage d’une globalisation plus ou moins subie à une véritable mondialisation au sens étymologique du terme (à savoir un monde humainement vivable tenant compte de l’interdépendance des nations régions ou n’importe quels cercles concentriques dans lequel une solidarité entre membres est effective). Lorsque chacun de nous prend conscience que son devoir est non seulement de se protéger mais par son action de protéger également les autres, nous comprenons que nous sommes à la fois acteurs et spectateurs.
L’efficacité de notre action collective dépend de notre bonne volonté individuelle. Or cette dernière est d’autant plus importante que l’on se sent concerné par le gain collectif. Ou autrement dit, les efforts individuels seront d’autant plus intenses que ce sentiment d’appartenance à une communauté est fort. Même s’il est illusoire de penser que nous pourrions sortir définitivement de cette pandémie sans que l’ensemble des pays de la planète soit débarrassé du virus. Nous avons fermé nos frontières pour renforcer l’action de notre cercle de solidarité communautaire qui est aujourd’hui la nation. Lorsque les citoyens applaudissent leurs personnels de santé à 20h, ils attribuent un sens à leur confinement. Ils acceptent cette contrainte de liberté au nom d’un soutien à un groupe d’individus auxquels ils attribuent une utilité sociale, même si in fine ce confinement est aussi dans leur intérêt individuel.

La question du déconfinement est identique. De l’attitude de chacun dépendra la réussite de tous. Se pose alors la question de la zone optimale géographique qui lie efficacité individuelle et interdépendance collective. Dès lors, la nation semble trop vaste comme le montre le déconfinement déjà opéré en Europe. La région ou Lander semble plus pertinente car plus proche et permettant davantage de solidarité à l’intérieur de la zone et donc, plus de sacrifices.
On a vu nombre d’initiatives de citoyens consommateurs privilégier le producteur ou le commerçant local afin, de lui venir en aide, tout en sachant que sa démarche lui bénéficierait à terme par le  maintien d’un service de proximité, voire une production plus raisonnée et socialement responsable. Car une autre composante de ce déconfinement se détache, à savoir la prise de conscience du pouvoir d’action que détient le consommateur dans son acte de consommation et de son intérêt bien compris de l’économie circulaire à l’intérieur de sa zone de solidarité. Il faut donc appréhender la remise sur pied de l’économie nationale en privilégiant une vision régionale afin de renforcer l’adhésion du citoyen consommateur, gage d’efficacité du processus. Puisqu’il faudra stimuler par la suite une économie convalescente, c’est encore une fois à l’échelon régional qu’il faudra opérer selon un plan établi cette fois non pas au niveau des nations mais de l’Europe. Ce plan européen régional aurait le mérite d’avoir une force de frappe financière plus conséquente (grâce aux nouveaux outils financiers européens) et une meilleure coordination. Il aura également l’immense avantage de créer une solidarité devenue indispensable pour le bon fonctionnement de notre Communauté Européenne. Cette supra-régionalité solidaire européenne permettrait d’aborder dans l’avenir des enjeux beaucoup plus importants que cette crise sanitaire que représente la crise climatologique à venir.

En effet, à n’en pas douter, la pandémie actuelle est une sorte de réplique du changement climatique. Notre comportement individuel influe sur l’avenir de chacun avec la même logique : La modification de nos comportements vers une économie plus durable dépendra de notre implication sociétale même si elle bénéficiera à tous. Or, ce sentiment communautaire est plus flou au niveau mondial. La notion de « citoyen du monde » n’est qu‘un concept intellectuel sans grande réalité.
Nous nous sentons difficilement interdépendants et d’une destinée commune à l’échelon de la planète. Ce sont pourtant les mêmes enjeux de préservation. Que ce soit pour la santé ou le climat, tous deux exigent une solidarité et une implication individuelle, même si le jeu de solidarité est beaucoup plus restreint pour le climat. Le changement d’attitude exigé dans cette pandémie reste minime par rapport à celui qu’impose la transition écologique. D’où la nécessité d’utiliser dès
à présent les leçons apprises lors de cette première crise sanitaire mondiale et éviter une fuite en avant classique sans changer sa façon d’intervenir, pour se retrouver devant la prochaine crise mondiale tout aussi désarmé. Il faut restreindre le cercle de solidarité à l’intérieur duquel le citoyen consommateur pourra intervenir et se sentir responsable d’une économie durable.

C’est la seule chance qu’un plan de transition énergétique puisse être désormais efficace.

 

Eric VENET

Source : Montbleu Finance