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Menace de stagflation ?

Le nouveau paradigme économique de l’automne semble bien être la stagflation.

Il s’agit d’un concept des années 70-80 qui caractérise une économie qui, bien que subissant des pressions inflationnistes fortes, voit sa croissance stagner. Evoquer des craintes de stagflation aujourd’hui alors que nos économistes anticipent des niveaux de croissance très élevés dans un environnement inflationniste, c’est surtout prendre conscience de facteurs de fort ralentissement qui se mettent en place sur l’économie mondiale.

 

Tout d’abord, du côté de la Chine, après la reprise en main politique de Xi Jinping sur l’économie, les difficultés financières d’Evergrande, de par sa taille, vont provoquer des remous appuyés dans l’immédiat sur l’immobilier (30% du PIB et 20% des emplois) puis dans le reste de l’économie par les incertitudes induites. Du côté des Etats-Unis, le rebond de l’activité post COVID semble a priori se poursuivre.

Pourtant les contraintes de plus en plus fortes qui s’imposent à l’offre risquent désormais de fragiliser cette croissance. Nous avions relevé depuis quelques semaines les goulots d’étranglement dans la chaîne de production pour différents secteurs comme les semi-conducteurs. Pourtant nous avons sous-estimé l’interdépendance de l’ensemble des processus de production, à la fois internationale (mises à l’arrêt en Asie) mais aussi intra-sectorielle. Lorsqu’une économie se remet en route, après une mise sous cloche partielle, il serait illusoire de penser que cette dernière puisse repartir sans de nombreux accros. Or, si les entreprises sont très différemment touchées par ces ruptures d’approvisionnement, c’est bel et bien l’ensemble des économies (avec leur degré d’ouverture plus ou moins grand) qui en souffre. Cette pénurie d’intrants pèse non seulement sur la croissance mais également sur les prix, et donc sur les marges des entreprises et leurs investissements : d’où des interrogations sur la soutenabilité de la forte reprise.

A la pression des prix de production s’ajoute une forte demande d’énergie résultant d’une reprise mondiale de l’activité, et donc des prix énergétiques qui s’envolent. Après le gaz, c’est désormais le prix du baril de pétrole qui flambe, d’autant que le caractère monopolistique de ce marché est prépondérant (La Russie pour le gaz européen et l’OPEP pour le pétrole), démontrant le caractère transitoire du pic inflationniste, même si le niveau absolu reste élevé.

Pour l’Europe, la situation est plus ou moins identique, tant au niveau de la croissance qu’au niveau des prix, même si le niveau d’inflation y est moindre (3,4% contre 5,4% aux États-Unis).

 

Devant de telles contraintes du côté de l’offre, le danger pourrait venir désormais de sa transmission à la demande. Cette forte hausse des prix dans certains secteurs comme l’énergie ne peut-elle pas refroidir la demande par la perte de pouvoir d’achat qui en découle ? Pour l’instant, le danger semble écarté au vu de l’épargne accumulée pendant la crise sanitaire. Les dépenses des ménages ont encore progressé en Août (+0,8%). En outre, le pouvoir politique s’efforce de soutenir les catégories sociales les plus fragiles pour en minimiser l’impact, que ce soit avec une Commission européenne facilitant les aides d’Etat ou par un plan social de 1500 à 2000 milliards de dollars que tente de faire voter le président Biden. Ce plan est en cours de discussion dans le cadre d’un grand marchandage politique avec le programme de relance des infrastructures de 1000 milliards prévu et du relèvement du plafond de la dette américaine à émettre.

 

Face à un tel contexte, la politique monétaire va être particulièrement compliquée à piloter. Jusqu’ où accepter l’inflation alors que le taux de chômage américain n’est toujours pas revenu sur ses plus bas ? Peut-on laisser les taux longs s’apprécier alors que l’endettement fragilise l’ensemble des acteurs économiques ? si jusqu’ici les banquiers centraux ont réussi à conserver la confiance des marchés financiers, celle-ci demeure primordiale afin de ne pas déclencher une réaction excessive des marchés.

 

Pour l’heure, la Fed a légèrement modifié sa communication : la première hausse des taux courts pourrait bien avoir lieu au second semestre 2022. Quant à la réduction du programme d’achats de titres financiers (le tapering), elle devrait être déclenchée d’ici la fin de l’année.

Pour l’Europe, rien de changé, la politique monétaire restera accommodante, du moins pour le premier semestre 2022.

 

Il convient donc de répondre à notre interrogation. Non, la stagflation ne menace pas nos économies développées. Nous entrons désormais dans une phase de croissance avec une hausse des prix, ce qui est le scénario idéal pour toute économie endettée !


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Éric VENET

Source : Montbleu Finance