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La Stratégie : La tempête financière apaisée, l’économie mondiale peut bénéficier de vents d’Ouest favorables

Ce premier trimestre aura vu se lever une tempête financière, phénomène rare en tout début d’année. La chute du pétrole, les pressions déflationnistes sur le yuan et les interrogations bancaires en Europe se sont conjuguées pour former un maelström financier. Mais ces forces dépressives se sont calmées. Les pays producteurs de pétrole ont accepté de se rencontrer pour stabiliser l’offre. Les banquiers centraux sont, quant à eux, intervenus pour adapter leur politique monétaire à la tourmente financière. Il semble enfin qu’un accord discret ait permis de mettre fin à la « guerre des changes » et de retrouver une certaine stabilité entre les devises. Toutefois, faute d’accord global sur une éventuelle utilisation d’une politique budgétaire plus expansive, chacun devra se débrouiller avec ses réformes structurelles en espérant que sa politique monétaire conserve toute son efficacité.

Une économie américaine qui reprend sa dynamique de croissance

Outre-Atlantique, après six mois de recul de l’activité industrielle pour cause de surcapacité mondiale et de chute de la demande de l’industrie pétrolière, le pire semble être passé. Si l’économie américaine reste vulnérable à tout choc extérieur et à une trop forte remontée du dollar, les craintes d’assister à la fin de sa longue période d’expansion semblent s’éloigner.
Les nouvelles commandes permettent à l’industrie de relever la tête et soutiennent un marché de l’emploi toujours aussi dynamique. Les créations sont toujours aussi robustes et accélèrent même sous l’effet de la reprise de l’emploi public. Pourtant, la remontée du taux de participation de la population active au marché de l’emploi a ses limites, ce réservoir de main d’œuvre disponible n’étant pas infini. Avec un rythme de croissance plus important et une productivité stable, l’économie américaine devrait faire face à des tensions salariales plus fortes et enclencher, à nouveau, la mécanique interne d’inflation. Si on y ajoute la reprise du prix du pétrole, l’objectif d’inflation de 2% devrait être vite atteint, poussant ainsi la Fed à accélérer la dynamique de remontée des taux courts afin de conserver l’efficacité de sa politique monétaire.
De ce calendrier de remontée des taux devrait en partie dépendre la puissance de l’appréciation du dollar, dont devront tenir compte les autres zones économiques.

Une économie européenne soutenue par une banque centrale très accommodante et qui devrait résister malgré un délitement politique…

1,4% ses prévisions de croissance pour 2016 et à 0,1% celles de l’inflation. C’est dire que les pressions déflationnistes se sont renforcées au cours du trimestre. Acculé par des marchés financiers stressés et menaçant les fondamentaux économiques, Mario Draghi a, cette fois, sorti l’artillerie monétaire lourde.
Il a encore baissé les taux courts. Si, avec un taux principal à 0%, les banques se refinancent gratuitement, elles sont, surtout, pénalisées par un taux à -0,4% sur leurs dépôts auprès de la BCE. Il faut à tout prix les inciter à mieux financer l’économie réelle.
Son programme de « Quantitative Easing » voit ses rachats mensuels passer de 60 à 80 Mds€ afin d’augmenter la base monétaire et peser sur l’euro.
Mario Draghi se donne ainsi les moyens financiers d’une relance par l’investissement public. Nous sommes toutefois très loin d’un assouplissement budgétaire au sein de la zone euro, l’Allemagne rejetant tout relâchement de la pression d’austérité qui permettrait aux États membres de poursuivre leur ajustement. Pour autant, l’économie européenne devrait accélérer, légèrement soutenue par une consommation dynamique en Allemagne et en reprise en France. L’investissement devrait lui aussi repartir, favorisé par le renouvellement du parc existant, des mesures incitatives et l’amélioration des marges des entreprises.
Il ne faudrait cependant pas que l’euro s’apprécie de trop. Ce en quoi la force relative du dollar devrait aider.

Une économie chinoise sous contrôle, du moins jusqu’ici…

Davantage tourné vers la consommation et les services, le dernier plan quinquennal chinois propose un rythme de croissance plus soutenable (6,5%-7%). De son côté, la banque centrale continue de baisser le taux de réserves obligatoires afin d’injecter des liquidités et soutenir la croissance. Cette facilitation du crédit s’est traduite par une progression de l’immobilier, entretenant une bulle d’autant plus importante que le secteur bénéficie de la désaffection pour les marchés boursiers trop volatils et anxiogènes (on se souvient du krach boursier de l’été dernier).
La Chine semble renoncer à une « guerre des changes » et s’est même engagée à stabiliser sa devise. La spéculation est stoppée pour l’instant et les sorties de capitaux se tarissent, d’autant que les dernières statistiques sont plutôt rassurantes : les ventes au détail sont en hausse de 10% en janvier et février ; du côté de l’offre, le secteurs des services continue de se reprendre en mars, la surprise venant d’un secteur manufacturier désormais en hausse.
L’économie semble donc stabilisée grâce à une politique monétaire et budgétaire souple mais la transition risque d’être longue et sujette à de nombreux à-coups.

Une économie américaine qui reprend sa dynamique de croissance

Le Japon voit ses perspectives de croissance se dégrader. Suite au ralentissement de la Chine et à la faible demande des pays émergents, ses exportations sont en baisse depuis plusieurs mois, après une progression de 5,5% en 2015. Parallèlement, le yen, à nouveau monnaie de refuge, a repris une courbe ascendante. Aussi n’est-il guère étonnant que le climat des affaires se dégrade pour les grandes entreprises, certaines sociétés renonçant à investir devant l’incertitude pesant sur l’économie mondiale et une contraction de l’activité industrielle la plus forte depuis trois ans.
Pour faire face, un plan de relance est envisagé, ainsi qu’un report de l’augmentation de la TVA prévue en avril. Rappelons que la Bank of Japan s’est aussi lancée, en janvier, dans une politique de taux négatif, afin d’inciter les banques à prêter et rendre le yen moins attractif. Elle a également reconduit son programme de rachats d’actifs, et ce, alors que la 3e flèche des Abenomics, à savoir les réformes structurelles, n’a toujours pas été tirée. Il n’est donc pas certain que soit reconduite la hausse des salaires de 2,5%, octroyée en 2015 en contrepartie d’une politique monétaire vigoureuse visant à déprécier le yen, ce qui mettrait définitivement à mal le succès des Abenomics.

Quant aux pays émergents, il sont pour la plupart confrontés à des problèmes internes, allant de la chute des prix des matières premières aux scandales politiques, dans un environnement où l’accès aux financements internationaux est devenu de plus en plus incertain au regard de la volatilité de leur devise et de l’éventualité d’une remontée des taux d’intérêt sur le dollar. En retrouvant un peu de sérénité financière, l’économie mondiale devrait progressivement recouvrer l’effet accélérateur de l’investissement qui ne peut s’exercer que dans un environnement stable et moins anxiogène. Ce qui au final pourrait stabiliser les marchés financiers. La boucle est bouclée…

Éric Venet
Directeur de la gestion de montbleu finance


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Source : Montbleu Finance