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Une Amérique triomphante pour l’instant

Le pari n’était pas gagné d’avance : Pratiquer une politique budgétaire expansive alors que l’économie était déjà en croissance semblait osé aux économistes. Pourtant la baisse d’impôts massive a stimulé l’investissement des entreprises et les créations d’emplois. Malgré un taux de chômage déjà historiquement très faible, les augmentations des taux de participation de la population active a permis de répondre en partie aux d’offres d’emplois tout en minorant la progression induites des salaires (3%). Face à une inflation maitrisée (2%), la FED a poursuivi sa politique de relèvement des taux courts sans dogmatisme et se montre désormais plus neutre.

Cette attractivité de l’économie américaine conjuguée à une volonté de rapatriement des capitaux bloqués depuis des années dans des havres fiscaux afin d’échapper à l’impôt a enclenché un mouvement d’appréciation du dollar.

Pourtant cette description très positive de l’économie américaine ne serait faire fi des conséquences pour le reste du monde.

La conséquence immédiate de cette forte demande de dollars aura été de ralentir fortement la liquidité mondiale donc de rendre plus difficile le financement des pays émergents ayant des balances de paiement fortement déficitaires, d’autant qu’elle s’est accompagnée d’une hausse des taux longs.

Ces tensions ont provoqué de fortes chutes de devises émergentes et par effet de boule de neige, de leurs marchés financiers respectifs.

Ces effets collatéraux auraient pu s’arrêter là si le président américain n’avait pas également poussé un autre volet de son programme électoral à savoir son pouvoir d’utiliser des tarifs douaniers pour réduire le déficit américain (375MDS) et empêcher la chine de poursuivre son expansion hégémonique.

En amorçant, au mois de juin, un relèvement des droits de douane sur certains produits chinois puis en dénonçant certains accords commerciaux, les Etats Unis ont déclaré une guerre commerciale et instiller dans l’économie mondiale un virus protectionniste qui lentement se propage.

Face à une Europe qui s’enlise

Le plus gros contraste avec l’année passée est bel et bien la situation de l’Europe tant au plan politique qu’économique. A pareille époque, l’élection du président Macron avait apporté un certain optimisme que ce soit par une économie française qui enfin se reformait que par une Europe qui retrouvait un couple franco-allemand volontariste pour apporter des réponses aux questions européennes restées en suspens.

Lasse, Madame MERKEL, fragilisée au plan politique intérieur, n’a pu avancer très loin dans les concessions. Très vite, la dégradation de l’économie allemande est venue refermer cette fenêtre à peine entre-ouverte. En effet, l’économie européenne, la plus dépendante de l’extérieur, a affiché une progression négative au 3ème trimestre suite aux menaces protectionnistes américaines et aux normes de pollution automobiles beaucoup plus contraignantes.

Paradoxalement, la situation italienne s’est relativement apaisée. Si le gouvernement italien dans un premier temps s’est confronté à Bruxelles au sujet de son budget 2019, les deux parties ont su trouver un compromis entre les règles européennes et les nécessités politiques, faisant ainsi retomber la tension sur sa dette.

Quant au Brexit, malgré l’abnégation de Mme MAY, il apparait toujours aussi difficile de transformer un acte politique (la sortie de l’Europe) en processus juridique et économique. Depuis le début, nous pensons que cette sortie est impossible, du moins dans l’aspect qu’avaient souhaité ses partisans et que la lâcheté politique, consistant à renverser la table sans proposer de situation crédible, finit par se retourner contre le peuple lui-même.

En cette fin d’année, l’Europe incapable de se réinventer risque d’être le champ de bataille de la guerre commerciale américano-chinoise ; Le consommateur est resté, jusqu’ici, résiliant contrairement au citoyen européen. La situation économique est suspendue à ce paradoxe à moins qu’un armistice soit signé !

Mais dont la résistance chinoise reste la clé.

Si dans un premier temps l’affrontement avec les Etats Unis est resté diplomatique, au fil de l’année, les droits de douanes imposés par l’Amérique sont venus perturber l’économie chinoise et, la posture consistant à prendre le leadership du multilatéralisme a volé en éclats face à la volonté sans failles d’un président voulant en découdre. Engagée depuis quelques années dans un mouvement de bascule d’une économie tournée vers l’exportation pour une économie plus auto centrée, l’attitude américaine est venue exacerber les tensions de son ’appareil productif.

Au- delà des escarmouches douanières, quelle sera l’attitude réelle de Xi PING face aux exigences de Donald TRUMP et de certains occidentaux au sein de l’OMC vis-à-vis de la protection de la propriété intellectuelle, des réticences à l’ouverture du marché intérieur et des subventions publiques génératrices de concurrence déloyale ?

Là est toute la question. Pour l’instant, la chine fait mine de négocier, voire de proposer des « mesurettes » de complaisance. Elle a décidé de ne plus évoquer son plan de « Made in China 2015 » adopté il y a 3 ans visant à privilégier les composants chinois dans les secteurs technologiques prioritaires comme la robotique, l’aéronautique, le transport électrique,….. Ceux-ci devaient passer de 40 % en 2020 à 70 % en 2025. C’est le sujet qui fâche les Etats Unis qui ne veulent pas se laisser distancer sur les secteurs sensibles, du moins par une action publique protectionniste.

« Tout l’Art de la guerre repose sur la duperie ‘ SUN TSU

La Chine acceptera-t-elle de vraies concessions commerciales ou feindra-t-elle de céder en attendant la fin du mandat de Donald TRUMP ? Contrairement aux Etats Unis, la Chine a devant elle un temps long. XI PING peut rester désormais dirigeant à vie et son ambition est de faire de son pays la 1ère puissance mondiale en 2030. Après le 1er centenaire d’humiliation de 1830 à 1930 et celui du renouveau de 1930 à 2030, le 3ème est envisagé comme celui de l’Age d’Or.

Éric Venet

Source : Montbleu Finance